7e art made in Auber

20 juin 2013
Rue des Cités

L’équipe du film

 

A l’occasion de la sortie en salle de Rue des Cités le 5 juin dernier, l’OMJA est parti à la rencontre de Carine May et Hakim Zouhani. Les deux réalisateurs d’Aubervilliers nous ont livré un regard franc sur leur travail, la ville et leurs ambitions.

 

OMJA : « Avant tout, comment est né ce projet ?

Hakim Zouhani : Le point de départ est le reportage bidonné de France 2 diffusé en 2004, sur un vol de moto à Vallès. Les images que l’on voit dans le film sont d’ailleurs celles du vrai reportage. Rue des Cités est en quelque sorte un droit de réponse, par lequel nous avons voulu donner une image plus juste de nos quartiers. Il faut arrêter de laisser les gens parler à notre place !

 

OMJA : Rue des Cités dure 68 minutes et comprend de nombreux inserts documentaires. N’est-ce pas une forme inhabituelle pour un film ?

Carine May : Il s’agit d’un choix délibéré. Le fait de donner la parole à des gens d’Aubervilliers face caméra permet de jouer sur la complexité des prismes avec lesquels on regarde la ville, que ce soit les archives, les médias les faux films, etc. Quant au choix du noir et blanc, il était évident dès le début. Parce que l’image la plus dure pour nous, c’est celle des médias : une image en couleur… Concernant la durée, elle s’est imposée lors du montage, pour conserver le rythme du film. Même s’il est plus dur de vendre un film de ce format-là, on ne le regrette pas.

 

OMJA : Comment peut-on interpréter ce film, qui reste surprenant dans sa construction ?

H.Z : La trame de fond, la quête du grand-père, est l’occasion d’une immersion dans Aubervilliers. En fait, ce qui nous intéresse, c’est de faire la chronique, le portrait du territoire. Chacun peut prendre le film comme il le veut à partir de là. On peut même parler d’un « mille feuilles d’interprétations ».

 

OMJA : Quelles perspectives ce projet a-t-il ouvertes ?

C.M : Dans un premier temps, nous avons dû créer une boite de production (Nouvelle Toile, ndlr) pour gérer l’aspect administratif. Mais elle existe toujours aujourd’hui, et nous a permis de produire Fais croquer de Yassine Qnia, par exemple. Comme le dit Didier Daeninckx dans le film : « si on n’est pas dans l’imaginaire, on n’existe pas ». Rue des Cités est un pied à l’étrier dans le monde du cinéma.

 

OMJA : Avez-vous eu des moments de découragement ?

C.M : Le travail avec les institutions ou les distributeurs est parfois compliqué. Une fois que le film est en salle, on rentre véritablement dans le business et c’est encore un univers étranger pour nous. Mais les tournages, les répétitions avec les jeunes ou la projection à Cannes en 2011 nous ont insufflé une grande énergie. Et puis l’OMJA nous a toujours appuyés. A défaut d’avoir une vraie unité de production, on a pu s’appuyer sur le tissu social d’Aubervilliers. Notre force, c’est le groupe.

 

OMJA : Comment avez-vous choisi vos acteurs ?

H.Z : Nous n’aimons pas vraiment ces castings où l’on doit dire non aux candidats. On préfère fonctionner au coup de cœur. Il faut savoir que c’est un film sauvage (sans contrat, sans salaire, ndlr) et à l’exception de Fadila Belkebla, Fatsah Bouyamed, Hocine Ben et quelques autres, il n’y a aucun acteur professionnel. Ce sont quasiment tous des jeunes d’Aubervilliers et le tournage était une vraie colonie de vacances !

 

OMJA : Comment vous êtes-vous connus tous les deux ?

C.M : A la piscine d’Auber ! Il barbotait dans le petit bain avec ses potes et moi je faisais de la compétition (rires). Comme les douches étaient encore communes, on en est venu à discuter et on s’est rendu compte qu’on avait de nombreux amis communs. C’est toujours comme ça à Auber !

 

OMJA : Rue des Cités s’adresse-t-il à tout le monde ?

H.Z : Nous avons essayé de faire en sorte que le maximum de monde puisse s’y retrouver. C’est pour cela que toutes les classes d’âge sont représentées, même si les gens les plus concernés restent ceux qui habitent ces quartiers, qui y ont vécu ou travaillé. Car en parlant d’eux, on parle aussi de nous.

 

OMJA : Quel message pour les jeunes de l’OMJA ?

C.M : La chose à en tirer, c’est la force du groupe. On ne sort pas d’une école ou du milieu du cinéma de manière générale. Le terreau de notre énergie, c’est la solidarité qui existe à Aubervilliers, que ce soit en termes de logistique ou de soutien.

H.Z : Il faut entreprendre et ne jamais se décourager ! Même si ça rate, tu pourras en retirer de l’expérience et la fierté d’avoir été au bout de la démarche. Dans notre cas, l’idée est née en 2004, nous avons écrit le scénario en 2006 et tourné le premier plan en 2008 seulement. Le chemin est long mais on aimerait que cette initiative puisse être reproduite. Il faut que les jeunes comprennent qu’il est possible de faire des films à Auber !

 

OMJA : Quels sont vos projets pour la suite ?

H.Z : D’abord, accompagner le film en salle, avant de terminer un nouveau court-métrage. En juillet, nous entamons aussi un tournage pour un film qui a déjà été acheté par France 2. Et enfin, nous développons un long-métrage avec Mourad Boudaoud et Yassine Qnia. »

 

Propos recueillis par Koceila BOUHANIK

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